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Critique de The Purge par Maestitia

Publié le Jeudi 5 février 2015 | 2 révisions avant publication | 3 corrections après publication

Il y en avait plusieurs parmi la légion qui avaient soif de pouvoir et qui le révélèrent lors de la trahison, Erebus en première ligne. Peu le voyaient comme le manipulateur qu’il était. Sor Talgron avait toujours été surpris que les autres ne distinguent rien malgré les paroles empoisonnées du chapelain. Il avait trop d’influence sur la légion et sa corruption était contagieuse. Sor Talgron priait pour que ce serpent ne survive pas à Calth.
Prier. Un pauvre choix de mots selon lui. Il n’avait jamais prié de sa vie, ni lorsqu’il était enfant sur Colchis. Il n’allait pas commencer maintenant. Il avait vu le même cancer qui nourrissait Erebus chez d’autres membres du chapitre. Ce n’était pas le même degré de corruption que dans les autres légions, mais elle était bien présente au grand dam de Sor Talgron. C’était parmi les plus jeunes recrues que la corruption semblait le mieux s’insinuer; ceux récemment enrôlés dans la XVIIème étaient plus enclins à s’investir dans la course au pouvoir. Cela ne présageait rien de bon pour la légion et cela le préoccupait. Saura-t-elle reconnaissable dans dix ans ? Ou dans mille ans ?
Il avait fait de son mieux afin de garder les rangs de la 34ème aussi pure que possible. Ceux qui semblaient les plus favorables à suivre Erebus dans sa chute avaient été envoyés en première ligne sur Calth. Si aucun d’entre eux ne revenait, il ne les pleurerait pas. Dans un sens, c’était comme une seconde purge pour la légion.

La Croisade Sombre s’étend à travers les mille royaumes d’Ultramar. La 34ème compagnie des Word Bearers plonge vers le monde isolé de Percepton Primus afin d’y exterminer les dernières poches de résistance Ultramarine. Mais alors que la purge s’organise, le commandant Sor Talgron remet en question le choix de sa légion et de son Primarque.
Ce succinct résumé n’apporte guère d’éclaircissement quant à la novella en elle-même. Il vous faudra passer outre ce synopsis afin d’accéder à une histoire originale, un contexte singulier, mais surtout un personnage spécialement créé dans le but de nous immerger dans la peau d’un non croyant de la XVIIème.
La Purge est aussi l’occasion pour Anthony Reynolds d’écrire une nouvelle fois, cette fois-ci pour la saga de l’Hérésie d’Horus à l’aide de ses chers Word Bearers. Bien que nous n’ayons eu droit qu’au premier tome, Apôtre Noir, de la trilogie de Word Bearers en version française, il est à noter que cet auteur possède déjà un omnibus les concernant ainsi que plusieurs récits concernant Khârn le Félon (Chosen of Khorne, The Eightfold Path). Ce n’est donc en aucun cas la plume d’un amateur qui nous est offerte.

La nouvelle nous introduit Sor Talgron, un officier Word Bearer pas comme les autres. En effet, le personnage nous est décrit comme un Astartes réfléchi, intelligent et doté d’un pragmatisme assez déconcertant pour un fils de Lorgar. Sor Talgron sera souvent comparé à un Ultramarine ou encore un Imperial Fist, offrant un contraste d’autant plus pertinent lors des échanges verbaux avec les membres de sa propre compagnie. Ses frères, étant pour la plupart de grands fanatiques endoctrinés par le chapelain Erebus, n’auront jamais le dernier mot. Alors que certains proposent un énième bombardement des refuges Ultramarine, ce dernier combattra jusqu’au dernier fils d’Ultramar et ce, en face à face.
Sor Talgron apparaît donc comme le pivot émotionnel de cette histoire. Tous les évènements lui seront étroitement attachés, que ce soit lors du flashback sur Terra ou lors de la purge sur Percepton Primus, ce Word Bearer atypique symbolisera l’entre-deux de la légion. C’est ce témoignage qui offrira une fraîcheur constante à ce récit, mais aussi l’atmosphère qui en découlera.

L’auteur sait jouer avec notre ressenti et se plaira à nous dépeindre le personnage principal comme un Astartes humble et bon, mais constamment contraint à agir contre sa volonté. L’ambiance, ainsi que la tension qui en découle, procure au lecteur un sentiment de culpabilité persistant qui ne s’estompera que de manière brusque en fin de récit, agissant tel un électrochoc,  j’y reviendrai plus tard dans cette critique.

La première trame , celle qui se déroule 200 ans dans le passé, se situe entre  l’après Istvaan III mais avant Istvaan V. Sor Talgron étant envoyé sur Terra par Lorgar afin de rencontrer Dorn alors que celui-ci transforme le palais impérial en forteresse inexpugnable. L’auteur nous présente une parcelle de chronologie de l’Hérésie peu narrée jusqu’à présent, mais plus particulièrement, un autre aspect de la fourberie de l’Urizen.
Nous aurons droit à un cameo de Garro sur Terra, mais l’accent sera mis sur le plan de Lorgar, car même dans le palais le Primarque a mis en place une machination sournoise dans le but de préparer la forteresse à l’arrivée imminente du Maître de Guerre. C’est là que nous constaterons que le bons sens et la loyauté de Sor Talgron possèdent des limites.

Concernant la trame du présent, l’auteur narre en parallèle un groupe de survivants Ultramarines avec à leur tête, Aecus Decimus. Ces légionnaires étant tous marqués du heaume rouge de la censure, y compris un contemptor, font office de kill team qui n’a plus rien à perdre. Seuls, sans aucun espoir de ravitaillement, ces Astartes avancent malgré tout vers l’ennemi supérieur en nombre. Les combats qui en résultent sont bien narrés et on retrouve avec plaisir cette ambiance de guérilla tout comme dans Mark of Calth. La purge initialisée par Lorgar se poursuit donc tout au long de la nouvelle en la personne de Sor Talgron et bien que la tâche paraît aisée, c’est sans compter l’exceptionnelle faculté des Ultramarines à sauver les meubles lorsque tout semble pourtant perdu.

The Purge est loin d’être une lecture obligatoire de l’Hérésie, mais elle a le mérite de proposer un personnage principal singulier ainsi qu’une ambiance culpabilisante réussie. On prend conscience que Lorgar est bien plus insidieux que tout ce qu’on aurait pu imaginer. Reynolds manie bien sa plume et connaît suffisamment son thème pour nous faire aller d’un point A au point B tout en distillant dans l’esprit de la lecture l’ambiguïté de la destinée de cet officier tiraillé entre deux mondes.

Les plus

  • Sor Talgron est le pivot efficace de ce récit.
  • L'ambiguïté du personnage principal et son malaise constant.
  • Action et affrontements Word Bearers/Ultramarines jouissifs.
  • Les derniers fils d'Ultramar se battant jusqu'au bout avec dignité.

Les moins

  • Un retournement de situation final brusque.
  • Une nouvelle avare en révélations.
3.5/5
The Purge nous narre de façon habile une double trame aux conséquences mystérieuses mais puissantes vues du bord Word Bearer. De son côté, Sor Talgron offrira au lecteur un malaise persistant quant aux choix de sa légion ainsi qu'à l'hostilité qu'il éprouve envers ses propres frères. Anthony Reynolds propose sans prétention un récit fluide et efficace où Lorgar avance d'ores et déjà ses pions sur le régicide de grande Terra.